chaleur polaire
A la lueur les flammes par lesquelles j’ai brûlé le monde, je peux voir ce jour la lumière dense de l’amour qui le tient.
Je regarde le passé sans affect, car c’est un lieu intouchable sur lequel mes errances ont failli doucement se poser et dormir.
Si j’ai l’endurance tenace, c’est que j’ai posé le genou au sol sous de simples bourrasques ; pétrifié, j’ai disséqué les secondes jusqu’à me perdre dans l’infini.
Si l’avenir s’annonce sans craintes, c’est que j’ai connu une nuit un peu longue l’étreinte du métal en chasse de mes frissons.
L’obscurité à cela de serein, qu’elle ne fait que précéder la lueur, son enfant à venir.
Ainsi, un jour arrive au soir duquel l’espoir et l’abandon se rassemblent étrangement ; le prédateur qui pavane n’est alors qu’une proie en sursis, et la peur, ce dragon fumant, peu se montrer étrangement docile.
Je sais bien qu’une larme peut noyer ce qu’un océan ne saurait humecter,
je sais que le plus doué des joaillier ne saurait créer l’or de ses mains,
je sais qu’un abri sûr peut être le plus vicieux des pièges,
je sais que la lucidité est le refuge.
Après avoir rampé dans le songe sous le joug pesant de l’angoisse, je marche avec flegme ; je marche avec ardeur, car j’émerge d’une mer de faiblesses ridicules.
Je me détourne des absolus, ces petits points d’un bien plus grand tableau.
Les contraires n’ont plus cet aplomb écrasant des concepts chers à l’asservissement. Ils sont ces deux partenaires enlacés solidement, chancelant comme les fêtards insouciants aux sons des moteurs de l’aurore.
Il n’est que de longues lignes sur lesquelles dansent les curseurs, outils dont nous, simples navigateurs de pôle en pôle, supposant nos épaules solides, sommes trop humains pour comprendre la mobilité.
Si j’admets donc cette fin péremptoire, ce qu’elle s’accompagne du mouvement timide de mon pied sur un nouveau chemin. Un pas d’un demi-millimètre reste un pas en avant, j’en ferais dix millions s’il le faut pour effleurer l’étoile.
Pas celle blottie sous une couverture de cuir, mais celle du matin, celle du soir, celle foudroyant chaque particule, celle qui circule des perceptions jusqu’au feu intérieur, et celle qui sait aussi emprunter l’exact chemin inverse.